1932 Press Kit Cover

La place Vendôme occupe une place particulière dans l’histoire de Chanel, et cet octogone sans doute maintes fois contemplé depuis la fenêtre de sa suite du Ritz deviendra l’un des symboles de la maison, et la scène d’une de ses grandes batailles contre les règles d’un monde qu’elle a conquis sans y être née.

Gabrielle Chanel n’était pas étrangère aux contradictions, qu’elles fussent dans son histoire ou dans la maison qu’elle s’efforça de construire sa vie durant. Irrespectueuse des règles, toujours où on ne l’attendait pas et dotée d’une faculté de survie née de ses origines difficiles, Mademoiselle n’hésitait jamais à scandaliser la société bien-pensante.

Quand en 1932, l’International Guild of Diamond se tourna vers elle pour créer une collection exceptionnelle dont le but était de relancer une industrie diamantaire en souffrance depuis la crise, que connaissait-elle à la joaillerie, en dehors des présents que ses amants fortunés avaient pu lui faire ? Et après tout, n’était-elle pas celle qui prônait l’utilisation de bijoux de pacotille ? Cette couturière sortie de nulle part n’espérait tout de même pas rivaliser avec les maisons historiques de la place Vendôme ?

Aidée de son amant du moment, Paul Iribe, dessinateur de renom qui avait croqué Poiret et travaillé pour Cartier, Mademoiselle Chanel imagine une collection de haute joaillerie sobrement intitulée « Bijoux de Diamants ». La matière première, les frais de production et de promotion étant pris en charge, il ne reste plus à la couturière qu’à imaginer ses désirs les plus insensés.

C’était compter sans le tollé que provoqua la rumeur de l’exposition à venir, et la délégation envoyée par les joaillers de la place Vendôme. Leur exigence était qu’aucune des pièces ne soit vendue, et qu’elles soient sans exception démontée sous leur contrôle à la fin de l’exposition. Malgré cela, quelques pièces auront survécu, dont une broche en forme d’étoile, depuis rachetée par la maison.

L’exposition eut lieu tout de même, et rencontra un succès phénoménal. Les curieux -30 000 selon les estimations- qui se sont pressés pendant les quelques jours de l’exposition ont pu admirer comètes et étoiles, plumes et cascades, travaillés comme jamais auparavant : des colliers qui embrassent le cou sans se fermer, dont les motifs se détachent pour orner un revers, des franges brillantes qui ceignent le front des mannequins de cire. Même les mannequins de coiffure qu’elle a choisis pour être ses présentoirs, resteront dans les mémoires ; par leur mise en scène riche de fourrures et de tenues, Chanel montrera non seulement cette joaillerie impertinente et impénitente, mais également son goût.

Simplicité et mise en avant des pierres étaient le mot d’ordre. Peu de photos subsistent, aucun dessin, mais tout témoigne d’une incroyable modernité. La fluidité est de mise, rappelant le jersey qu’elle affectionnait. Alors pour rendre hommage à cette collection, la maison Chanel a réinterprété les thèmes de Mademoiselle ; le lion tout d’abord, majestueux signe astrologique et marotte sempiternelle de Coco Chanel; le collier porté sur la tête s’est transformé en diadème orné d’une étoile ; les nœuds… l’hommage est puissant, comme le coup de semonce qu’elle avait porté à la joaillerie encore engoncée dans ses traditions.

80 ans après ce coup d’éclat, c’est dans le noir que la maison Chanel a choisi de faire briller son savoir-faire joailler, désormais célébré dans le monde entier. Au sein du Musée du Quai Branly, histoire et désir se sont mêlés dans l’obscurité menant à la révélation, dans un planétarium magique. Lorsque la lumière s’est allumée dans les alcôves, cette collection tant attendue a pris vie devant des yeux émerveillés.

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Chanel Joaillerie n’a pas réédité les modèles de la collection disparue mais s’est inspiré des marottes de son illustre créatrice, pour une collection sobrement intitulée 1932, révélée par bribes au cours des dernières années. Le lion, animal solaire et magnétique a été sculpté dans un énorme quartz de rutile aux paillettes d’or. Les diamants ont pris une nouvelle dimension dans le ruban, se déclinant en couleur, comme dans les archives, ou laissant la place à un travail sur les volumes qui traduit les envolées de tissus de chaque collection de la maison. Aurait-on pu rêver meilleure parure que ces plumes scintillantes délicatement au dégradé délicat?

En 8 décennies, les pièces ont changé, parfois les techniques, mais le moment reste le même. Le monde financier en proie au tourment trouble la donne, invite le besoin de s’échapper vers un univers scintillant et inaccessible comme les étoiles. En cela, Bijoux de Diamants a trouvé une digne héritière en 1932.

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A peine deux ans plus tard, elle sera immortalisée sur son balcon, semblant tourner le dos à la colonne de la place Vendôme. Qu’aurait-elle pensé de son nom, fièrement inscrit au fronton du numéro 18, sur cette place qui n’avait pas voulu d’elle? Gageons que Mademoiselle aurait tiré quelqu’amusement de cette roue du Destin qui l’a amenée au firmament, où son influence continue à briller… comme un diamant.